Le transformateur triphasé est au cœur des réseaux électriques industriels, tertiaires et de distribution. Vous verrez comment il fonctionne, comment lire ses schémas de couplage (triangle, étoile, Dyn11, etc.) et surtout comment choisir le bon modèle selon votre installation. Cette vue d’ensemble va directement à l’essentiel, puis détaille les notions clés pour sécuriser vos choix techniques.
Comprendre le transformateur triphasé et ses spécificités

Avant de comparer les types ou de parler de rendement, il est indispensable de clarifier ce qu’est réellement un transformateur triphasé et ce qui le distingue d’un transformateur monophasé. Cette partie pose les bases : composition, principes de fonctionnement en triphasé et grands usages selon les secteurs. Elle vous permet de recadrer vos besoins par rapport aux configurations que l’on rencontre sur le terrain.
Comment fonctionne concrètement un transformateur triphasé dans un réseau industriel
Un transformateur triphasé repose sur trois enroulements primaires et trois secondaires, disposés autour d’un même circuit magnétique. Les tensions sont transformées par induction électromagnétique, en conservant puissance apparente (kVA) et fréquence. Le fonctionnement triphasé permet une alimentation plus stable, indispensable pour moteurs, variateurs et gros consommateurs.
Dans un réseau industriel typique, le transformateur reçoit une tension haute (par exemple 20 kV) et la ramène à une tension d’utilisation basse (400 V). Ce processus d’induction conserve la puissance : si vous diminuez la tension, le courant augmente proportionnellement. C’est pourquoi on parle de puissance apparente constante, exprimée en kilovoltampères.
Le circuit magnétique partagé entre les trois phases optimise l’encombrement et le poids, tout en garantissant un couplage magnétique efficace. Les trois phases étant décalées de 120° électriques, le flux magnétique global reste équilibré, ce qui réduit les vibrations et améliore la durée de vie de l’équipement.
Différences clés entre transformateur triphasé et monophasé dans vos applications
Contrairement au modèle monophasé, le transformateur triphasé traite trois phases simultanément, ce qui optimise la puissance transportée pour une même section de conducteurs. Il permet d’alimenter des charges triphasées et monophasées à partir d’un même appareil, selon le couplage choisi.
| Critère | Transformateur monophasé | Transformateur triphasé |
|---|---|---|
| Nombre de phases | 1 phase | 3 phases |
| Encombrement | Plus important à puissance égale | Compact |
| Rendement | Bon | Meilleur (moins de pertes) |
| Applications principales | Résidentiel, petits commerces | Industrie, distribution publique |
Dans la pratique, cela se traduit par des installations plus compactes, plus efficaces et mieux adaptées aux charges tournantes comme les moteurs asynchrones. Un transformateur triphasé de 630 kVA occupe environ 30% moins d’espace que trois transformateurs monophasés de 210 kVA chacun.
Principales applications d’un transformateur triphasé en distribution et industrie
Les transformateurs triphasés sont omniprésents : postes de distribution HTA/BT, ateliers industriels, data centers ou encore bâtiments tertiaires puissants. Ils servent à adapter les niveaux de tension pour le transport, la distribution finale ou l’isolation galvanique de certaines parties du réseau.
Dans l’industrie, ils accompagnent presque systématiquement le démarrage moteur, la variation de vitesse et la mise en place de lignes de production complètes. Par exemple, une usine agroalimentaire utilise généralement un transformateur HTA/BT de 1000 à 2500 kVA pour alimenter ses lignes de conditionnement, chambres froides et systèmes de pompage.
Dans les bâtiments tertiaires, les transformateurs triphasés alimentent les systèmes CVC (chauffage, ventilation, climatisation), les ascenseurs et les installations informatiques. Les data centers requièrent des transformateurs spécifiques avec faibles harmoniques et haute disponibilité, souvent en configuration redondante.
Schémas de couplage triphasé et types de transformateurs à connaître

Les schémas de couplage d’un transformateur triphasé (étoile, triangle, zigzag…) conditionnent la tension disponible, la présence de neutre et le comportement en cas de défaut. Cette partie vous aide à déchiffrer les désignations comme Dyn11 ou Yzn, souvent redoutées sur les plaques signalétiques. Vous verrez aussi comment ces choix impactent la qualité de l’énergie et la compatibilité avec votre réseau.
Comment lire un couplage Dyn11 ou Yyn0 sur la plaque signalétique
La notation type Dyn11 indique le couplage primaire, le couplage secondaire et le déphasage horaire entre tensions. La lettre majuscule représente le côté haute tension (D pour triangle, Y pour étoile), la minuscule le côté basse tension (y pour étoile, d pour triangle, z pour zigzag). Le chiffre « 11 » correspond à un déphasage de -30°, utile pour le rejet d’harmoniques et la sélectivité avec d’autres transformateurs.
Prenons un exemple concret : un transformateur Dyn11 possède un primaire en triangle (D) et un secondaire en étoile avec neutre sorti (yn). Le déphasage de 11 heures (équivalent à -30° ou +330°) entre la tension primaire et secondaire est intentionnel. Cette configuration est la plus répandue en France pour les postes de distribution publique 20 kV/400 V.
Un couplage Yyn0, quant à lui, présente un déphasage nul entre primaire et secondaire (les deux en étoile). Cette configuration est courante dans les réseaux industriels internes, où plusieurs transformateurs doivent fonctionner en parallèle sans décalage de phase.
Couplage étoile, triangle, zigzag : quel impact sur tension et neutre disponible
Un enroulement en étoile permet de disposer d’un point neutre accessible pour alimenter des charges monophasées ou équilibrer le réseau. Le couplage triangle est privilégié pour absorber certains déséquilibres et harmoniques de rang trois, sans neutre distribué. Le zigzag, plus spécifique, sert surtout à créer un neutre robuste ou à améliorer le comportement vis-à-vis des courants de défaut.
Avec un couplage étoile, la tension entre phase et neutre vaut la tension composée divisée par √3. Ainsi, pour un réseau 400 V triphasé, chaque phase délivre 230 V par rapport au neutre. C’est idéal pour alimenter simultanément des équipements triphasés (moteurs) et monophasés (éclairage, prises).
Le couplage triangle ne fournit pas de neutre naturel. Il est particulièrement efficace pour piéger les harmoniques de rang 3 (150 Hz sur un réseau 50 Hz) qui circulent en boucle fermée dans le triangle sans polluer le réseau amont. On le retrouve souvent au primaire des transformateurs de distribution.
Le couplage zigzag est moins fréquent mais très performant pour créer un point neutre stable même en présence de déséquilibres importants. Il est utilisé dans certains transformateurs de mise à la terre ou dans des configurations spéciales en milieu ferroviaire ou industriel lourd.
Transformateur triphasé sec ou à huile : que privilégier selon l’environnement
Les transformateurs secs (enrobés ou sous résine) sont appréciés en locaux intérieurs, zones à forte fréquentation ou environnements sensibles au risque incendie. Les transformateurs à huile offrent généralement une meilleure tenue thermique et une grande longévité, au prix de contraintes de sécurité et de rétention de fluide.
Le choix dépend du niveau de puissance, de la ventilation disponible, des normes incendie et de votre politique de maintenance. Un transformateur sec de classe F1 (auto-extinguible) convient parfaitement à une installation tertiaire comme un hôpital ou un centre commercial, où la sécurité incendie est prioritaire.
Les transformateurs à huile minérale ou végétale restent majoritaires dans les postes de distribution extérieurs et les installations de forte puissance (au-delà de 2500 kVA). Ils nécessitent cependant un bac de rétention, une surveillance de l’état du diélectrique et des précautions particulières en cas de fuite. En revanche, leur rendement thermique supérieur et leur longévité (40 ans et plus) en font un investissement rentable sur le long terme.
Bien dimensionner un transformateur triphasé et éviter les erreurs classiques
Un transformateur triphasé mal dimensionné engendre pertes, échauffements et coupures intempestives, parfois dès la mise en service. Cette partie aborde la puissance (kVA), le courant nominal, les tensions et la classe d’isolement, avec des repères concrets pour vos études. L’objectif est de sécuriser vos choix sans surdimensionner inutilement l’appareil ni sous-estimer les contraintes réelles.
Comment calculer la puissance d’un transformateur triphasé en kVA utilisable
La puissance apparente se calcule à partir de la tension et du courant triphasé, en tenant compte du facteur √3. Pour déterminer la puissance nécessaire, il faut additionner les puissances des charges, intégrer les coefficients de simultanéité et prévoir une marge raisonnable de croissance.
La formule de base est : S (kVA) = √3 × U (kV) × I (A). Par exemple, pour un transformateur 400 V délivrant 900 A, la puissance apparente est : √3 × 0,4 × 900 = 624 kVA. On choisira donc un transformateur normalisé de 630 kVA.
Dans la pratique, il faut partir du bilan de puissance de l’installation. Supposons une usine avec 300 kW de moteurs (cos φ = 0,85), 50 kW d’éclairage et 100 kW de bureautique. La puissance apparente totale est d’environ (300/0,85) + 50 + 100 = 503 kVA. Avec un coefficient de simultanéité de 0,8 et une marge de 20% pour extension, on arrive à 503 × 0,8 × 1,2 = 483 kVA. Un transformateur de 500 kVA conviendra.
Courant nominal, tension, fréquence : paramètres indispensables à vérifier avant achat
Le courant nominal dépend directement de la puissance et de la tension de chaque enroulement, selon les formules normalisées. Il est essentiel de vérifier la compatibilité tension/fréquence avec votre réseau (par exemple 20 kV/400 V – 50 Hz) pour éviter échauffements ou pertes anormales.
La plaque signalétique doit indiquer clairement les tensions primaire et secondaire, les courants correspondants et la fréquence. Par exemple : 20000 V ± 2,5% / 410 V – 50 Hz – 630 kVA. Vérifiez que ces valeurs correspondent bien à votre installation. Une erreur de tension primaire (15 kV au lieu de 20 kV) rendrait le transformateur totalement inutilisable.
Un contrôle des niveaux d’isolement et de la tenue aux surtensions transitoires complète cette revue avant commande. Les transformateurs destinés aux réseaux de distribution doivent supporter des chocs de foudre (niveau BIL) et des surtensions de manœuvre. Ces caractéristiques sont normalisées mais doivent être spécifiées explicitement dans le cahier des charges.
Pourquoi le facteur de puissance et le régime de neutre influencent aussi le dimensionnement
Un facteur de puissance faible augmente le courant pour une même puissance active, ce qui impacte le transformateur et les protections. Le régime de neutre (TT, TN, IT) conditionne les courants de défaut à la terre et peut influer sur les contraintes thermiques de l’appareil.
Prenons un exemple : une installation de 400 kW avec un facteur de puissance de 0,7 nécessite 400/0,7 = 571 kVA. Avec un cos φ amélioré à 0,95 grâce à des condensateurs, on descend à 421 kVA. La différence de dimensionnement du transformateur est significative et impacte directement l’investissement initial.
Le régime de neutre influence les courants de court-circuit et de défaut. En régime TT (neutre à la terre), les courants de défaut sont limités par les résistances de terre (quelques ampères à quelques dizaines d’ampères). En régime TN (neutre relié), les courants de défaut phase-terre peuvent atteindre plusieurs milliers d’ampères, ce qui nécessite un dimensionnement plus robuste du transformateur et des protections associées.
Installation, rendement et maintenance d’un transformateur triphasé au quotidien
Une fois choisi et livré, le transformateur triphasé doit être installé, surveillé et entretenu pour tenir ses performances dans le temps. Ventilation, rendement, pertes à vide, mais aussi contrôles périodiques conditionnent la fiabilité de l’ensemble de votre réseau. Cette dernière partie vous donne des repères pratiques pour concilier sécurité, continuité de service et optimisation énergétique.
Comment installer un transformateur triphasé en respectant sécurité et ventilation
L’implantation doit garantir une bonne circulation d’air autour du transformateur, avec des dégagements conformes aux recommandations du fabricant. Les règles de mise à la terre, de cheminement des câbles et de protection contre les contacts directs ou indirects doivent être strictement respectées.
Pour un transformateur sec, prévoyez au minimum 1 mètre de dégagement latéral et 2 mètres en partie haute pour permettre la convection naturelle. Les transformateurs à refroidissement forcé (ventilateurs) nécessitent un espace d’intervention pour la maintenance des moteurs. Assurez-vous que les grilles d’aération ne sont jamais obstruées.
En locaux intérieurs, il faut aussi anticiper les nuisances sonores et les contraintes d’évacuation en cas d’incident. Un transformateur de 1000 kVA génère typiquement 55 à 65 dB(A) à 1 mètre. Prévoyez des plots anti-vibratiles si le local est proche de bureaux ou de zones sensibles. Pour les transformateurs à huile, la réglementation impose un bac de rétention d’une capacité égale à 100% du volume d’huile, plus une marge de sécurité.
Rendement, pertes à vide et pertes en charge : quels enjeux économiques concrets
Les pertes à vide sont liées au circuit magnétique et restent constantes, même à faible charge, tandis que les pertes en charge dépendent du courant circulant. Un rendement légèrement supérieur peut représenter des économies significatives sur la durée de vie du transformateur, surtout en fonctionnement continu.
Un transformateur de 630 kVA classe C0 présente environ 900 W de pertes à vide et 6500 W de pertes à pleine charge. Sur une année de fonctionnement continu à 50% de charge, les pertes annuelles représentent : (0,9 × 8760) + (6,5 × 0,25 × 8760) = 22 167 kWh. À 0,12 €/kWh, cela représente 2660 € de coût énergétique annuel.
Il est donc pertinent de comparer les classes de rendement et les niveaux de pertes garantis, en les ramenant à votre profil de charge réel. Un transformateur haut rendement (classe A0k) peut coûter 15 à 20% plus cher à l’achat, mais s’amortit généralement en 4 à 6 ans grâce aux économies d’énergie. Sur une durée de vie de 30 ans, l’économie cumulée peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Quels contrôles et maintenances programmées pour prolonger la durée de vie
Une surveillance régulière de la température, du serrage des connexions et de la propreté des surfaces est indispensable. Pour les modèles à huile, des analyses périodiques de diélectrique et de gaz dissous permettent de détecter précocement certains défauts internes.
Le plan de maintenance typique comprend :
- Mensuel : relevé de température, contrôle visuel des fuites éventuelles, vérification du niveau d’huile
- Annuel : resserrage des connexions, nettoyage des grilles de ventilation, contrôle des protections thermiques
- Triennal : analyse physico-chimique de l’huile (pour transformateurs immergés), thermographie infrarouge des connexions
- Quinquennal : analyse des gaz dissous, vérification de l’isolement, contrôle des dispositifs de protection
Mettre en place un plan de maintenance documenté, avec historiques et seuils d’alerte, réduit fortement le risque d’arrêt non planifié. Un système de surveillance connecté peut alerter automatiquement en cas de dérive de température ou de surcharge prolongée, permettant une intervention préventive.
Comment réagir face à un échauffement anormal ou un bruit inhabituel du transformateur
Un échauffement localisé, des odeurs inhabituelles ou un bourdonnement anormal doivent alerter immédiatement l’exploitant. Avant toute intervention, il convient de sécuriser la zone, d’isoler électriquement le transformateur et de vérifier les protections associées.
Un échauffement anormal peut provenir d’une surcharge prolongée, d’un déséquilibre de phases important, d’un défaut de ventilation ou d’une détérioration interne. Vérifiez d’abord la charge réelle sur chaque phase avec une pince ampèremétrique. Un déséquilibre supérieur à 10% nécessite un rééquilibrage des charges ou une investigation plus poussée.
Un bruit inhabituel (ronronnement plus intense, crépitements) peut signaler un desserrage de connexions, une présence d’harmoniques élevées ou un défaut d’isolement. Les harmoniques de rang 5 et 7, fréquentes avec les variateurs de vitesse, provoquent des vibrations mécaniques accrues. Un filtre anti-harmoniques peut être nécessaire.
Un diagnostic plus poussé pourra ensuite porter sur la charge, les tensions, la présence d’harmoniques ou d’éventuels défauts d’isolement internes. En cas de doute, faites appel à un spécialiste pour réaliser des mesures approfondies (thermographie, analyse spectrale des courants, mesure de résistance d’isolement). Ne jamais ouvrir ou intervenir sur un transformateur sous tension, même partiellement.
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